André Rialle

                                  or the pictural adventure


He was 22 years old in 1945 when he participated in the creation of the group "Le Candélié"*.

 From that time on, the place of art in his life was affirmed. His youthful sensitivity, still malleable, led him to follow in the tracks of his elders, the painters of the thirties. A subjective fidelity to his choosen themes - Avignon, its neighbourhoods - characterizes his early works. In them, here and there, one sees the first appearances of the colored surface surrounded by a black line. Is it the unconscious influence of Chabaud, whose style he follows? In this black line, it seems, lies the key to Rialle's pictural revolution.

Very quickly, even at his beginnings, Rialle liked to simplify masses, eliminating certain details, working towards the cohesion of the ensemble. He searches, searches within himself. He senses that behind what the eye sees and what his hand translates, there is something that others - Braques, Matisse - have succeded to find. From the "look" of the subject, he wants to bring out the "being" : to make the essential arise from beyond the appearance. This quest of true seeing - during which he will sometimes go so far as eliminating the color, but in which the detachment from the visible is not yet accomplished - will last until the sixties.
Rialle thus discovers that one may express oneself in a willing, conscious maner, guiding one's brush, making it obey, but that one may also obey the brush, humbly submitting oneself to an inner instinct which directs it. In this new way, the line will be its guide, the outgrowth of which he cannot know. He knows intuitively, however, that for him this guide is the only one. It is the narrow door which demands renunciation to that which one has been, in order to accede to that which one may be, or must be.
In front of his blank canvas which he darkens to anthracite grey, he remains attentive at first. Then, stirred by an intimate certainty, he draws the first line. "The gods," say Mallaramé, "give the first verse". The first line may be. And, like each movement of a dancer which leads into the next, each line bears in itself the direction of that which will follow, which arises from it and which in its turn engenders another one, straight or curved, until the work reaches its completion, which is equilibrium, fulfillment.
At the same time Rialle reconquers color with an intensely acid palette from which subtle volumes arise. The wavy lines call to mind an aquatic or aerial universe. The movment, never suspended, resembles the creation, never stopped, of an innocent, mystic choreography.
The latter pictures of Rialle are mantras, colored translations of a confident thought, of a vivid sensitivity, of a total reliance on that which overtakes man, but which the artist owns in his heart.


Alice Higoulin, L’Air d’Avignon, n° 135, 1995, p. 35.

* means "candlestick" in provençal

                                                                                                                                                                     




Il a 22 ans en 1945 quand il participe à la création du groupe Le Candélié. De ce moment la place de l'art s'affirme dans sa vie. Sa sensibilité juvénile, encore malléable, lui fait suivre la trace des aînés, les peintres des années 30. Une fidélité subjective aux thèmes choisis - Avignon, ses alentours - signe ses premières toiles. On y voit apparaître, çà et là, la surface colorée cernée d'un trait noir. Influence inconsciente de Chabaud dont il utilise une manière? Il semble que dans ce trait se trouve la clé de la révolution picturale de Rialle.
Dans l'ensemble et très vite il aime, même à ses débuts, simplifier les masses, éliminer certains détails, s'essayant à la cohésion de l'ensemble. Il cherche, se cherche. Il pressent que derrière ce que l'oeil voit et que sa main traduit il y a quelque chose que d'autres, Braque, Matisse, ont su trouver. Du "paraître" du sujet il veut dégager "l’être": au-delà de l'apparence faire surgir l'essentiel. Cette quête du regard vrai pendant laquelle il ira parfois jusqu'à éliminer la couleur, mais où le détachement du visible n'est pas encore accompli, durera jusqu'aux années 60.
Rialle découvre alors qu'on peut s'exprimer d'une façon volontaire, consciente, guider son pinceau, s'en faire obéir, mais qu'on peut obéir au pinceau, se soumettre humblement à une pulsion intérieure qui le dirige. Le trait sera son guide dans cette voie neuve, dont il ne peut savoir où elle le mènera, mais qu'il sait intuitivement que pour lui c'est la seule possible. C'est la porte étroite, qui demande l'abandon de ce qu'on fut pour accéder à ce qu'on peut, qu'on doit être. Devant sa toile vierge qu'il noircit jusqu'au gris anthracite, il reste attentif, d'abord. Puis, mû par une certitude intime, il trace le premier trait. "Les dieux, dit Mallarmé, donnent le premier vers". Le premier trait peut-être. Et, comme chaque mouvement du danseur contient en germe le mouvement suivant, ainsi chaque trait porte en lui la direction de celui qui va suivre, qui naît de lui, qui en engendre un autre, droit ou courbe, jusqu'à ce que l'œuvre atteigne son achèvement, qui est équilibre, plénitude.
Parallèlement Rialle reconquiert la couleur avec une palette d'une intense fraîcheur acidulée dont naissent des volumes subtils. Les lignes ondulatoires évoquent un univers aquatique, aérien. Le mouvement, jamais suspendu, ressemble à la création, jamais arrêtée, d'une innocente chorégraphie mystique.
Les dernières toiles de Rialle sont des mantras, traduction colorées d'une pensée confiante, d'une sensibilité vive, d'un abandon total à ce qui dépasse l'homme mais que l'artiste possède en son coeur.


Alice Higoulin, L’Air d’Avignon, n° 135, 1995, p. 35.


























                                          André Rialle

                                     ou l’aventure picturale


Il a 22 ans en 1945 quand il participe à la création du groupe Le Candélié.

 De ce moment la place de l'art s'affirme dans sa vie. Sa sensibilité juvénile, encore malléable, lui fait suivre la trace des aînés, les peintres des années 30. Une fidélité subjective aux thèmes choisis - Avignon, ses alentours - signe ses premières toiles. On y voit apparaître, çà et là, la surface colorée cernée d'un trait noir. Influence inconsciente de Chabaud dont il utilise une manière?
Il semble que dans ce trait se trouve la clé de la révolution picturale de Rialle.

Dans l'ensemble et très vite il aime, même à ses débuts, simplifier les masses, éliminer certains détails, s'essayant à la cohésion de l'ensemble.
 Il cherche, se cherche. Il pressent que derrière ce que l'oeil voit et que sa main traduit il y a quelque chose que d'autres, Braque, Matisse, ont su trouver. Du "paraître" du sujet il veut dégager "l’être": au-delà de l'apparence faire surgir l'essentiel. Cette quête du regard vrai pendant laquelle il ira parfois jusqu'à éliminer la couleur, mais où le détachement du visible n'est pas encore accompli, durera jusqu'aux années 60.
Rialle découvre alors qu'on peut s'exprimer d'une façon volontaire, consciente, guider son pinceau, s'en faire obéir, mais qu'on peut obéir au pinceau, se soumettre humblement à une pulsion intérieure qui le dirige. Le trait sera son guide dans cette voie neuve, dont il ne peut savoir où elle le mènera, mais qu'il sait intuitivement que pour lui c'est la seule possible. C'est la porte étroite, qui demande l'abandon de ce qu'on fut pour accéder à ce qu'on peut, qu'on doit être. Devant sa toile vierge qu'il noircit jusqu'au gris anthracite, il reste attentif, d'abord. Puis, mû par une certitude intime, il trace le premier trait. "Les dieux, dit Mallarmé, donnent le premier vers". Le premier trait peut-être. Et, comme chaque mouvement du danseur contient en germe le mouvement suivant, ainsi chaque trait porte en lui la direction de celui qui va suivre, qui naît de lui, qui en engendre un autre, droit ou courbe, jusqu'à ce que l'œuvre atteigne son achèvement, qui est équilibre, plénitude.
Parallèlement Rialle reconquiert la couleur avec une palette d'une intense fraîcheur acidulée dont naissent des volumes subtils. Les lignes ondulatoires évoquent un univers aquatique, aérien. Le mouvement, jamais suspendu, ressemble à la création, jamais arrêtée, d'une innocente chorégraphie mystique.
Les dernières toiles de Rialle sont des mantras, traduction colorées d'une pensée confiante, d'une sensibilité vive, d'un abandon total à ce qui dépasse l'homme mais que l'artiste possède en son coeur.


Alice Higoulin, L’Air d’Avignon, n° 135, 1995, p. 35.

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